Une autre ville importante de Shikoku est Kôchi. Elle se trouve sur la côte sud, coté pacifique donc. Ce sera la destination du jour.
Les deux heures de train m’obligent à me lever assez tôt, mais c’est moins un problème pendant ces vacances au Japon que le reste de l’année. Incroyable. À la sortie de la gare, je suis abordé par un marchand ambulant de trucs à grailler. Il vend des souvenirs qui se mangent, une institution au Japon, dans les gares, ports et les aéroports. C’est son gagne pain, il ouvre son chariot pour montrer ses merveilles gastronomiques à prix premium. Je lui dit que c’est un peu tôt. Oui mais vous pouvez emporter pour manger à Midi. Non monsieur l’entreprenant Camelot, je ne veux pas de votre (surement délicieuse) camelote. Ces échanges terminés, il me renseigne sur l’endroit où acheter un ticket de bus à la journée, sans rancune aucune.
Les sites qui m’intéressent le plus aujourd’hui, et que j’ai relevé pendant le trajet (cela s’appelle du just in time) sont: la plage de Katsurahama, le temple Chikurinji et le jardin botanique de la ville. Le bus touristique passe par tous ces endroits, bien éloignés du centre. Mais avant cela, je vais faire un tour au château féodal de la ville. Sans visiter les intérieurs, et indépendamment de son intérêt historique, je ne suis pas ébloui. L’environnement n’aide pas non plus, pas de parc aux alentours mais des buildings et de la circulation. Et il faut dire que demain j’ai prévu la visite d’un autre château à priori plus chouette. Je retourne vers la gare, en musardant à travers des Galeries de boutiques et et de restaurants. Cassage de croute. Un peu plus loin, je croise le camelot, avec son petit chariot, qui me reconnaît (il est en mode EASY pour cela).
Petit geste du genre Salut mec, on s’connait grave trop bien tope là vas-y tranquille on est des bons.

Bus. La pointe de Katsurahama est assez jolie, ouvrant sur le Pacifique, majestueux, immense, insondable. Contrairement à la côte nord de Shikoku, la mer n’est pas tachetée d’une pléthore d’îles de toutes tailles, sorties là comme de l’oeuvre d’un génial peintre utilisant son pinceau du bout de ses doigts magiques pour saupoudrer d’ocre, de vert et d’autres couleurs connues de Dieu seul, sa toile encore immaculée. Ça marche aussi si le peintre n’a pas de talent mais un bon gros rhume et qu’il éternue sur sa toile. Une grande statue de Ryôma Sakamoto surplombe la côte. Il s’agit de la grande figure de Kôchi, un samurai de gauche.
Comme plage de loisirs, non: Le sable de la plage est fait d’un gros grain peu agréable. La baignade est interdite à cause des courants. Il y a plein de gens près de la statue qui peuvent vous reluquer de loin. Un aquarium low-cost à côté balance des décibels. Et j’ai l’impression qu’on n’est même pas censé se poser sur le sable. C’est pas là qu’on va organiser le tournoi de biche volley des JO de 2020.
C’est tout petit, mais joli. Ah oui mais si on regarde un peu à l’est ou un peu à l’ouest, c’est moins saillant: zone portuaire et industrielle au loin. Il faut vraiment cadrer comme il faut pour avoir des photos satisfaisantes, mais c’est le jeu.
Le Chikurinji est sur la liste des temples du pèlerinage de Shikoku. Numéro complémentaire, le #31. Il n’est pas aussi étendu que ceux que j’ai visité ces derniers jours, mais les abords façon sous bois sont entretenus avec soin. Deux ouvriers oeuvrent à retirer du sol tous les petits déchets organiques visibles pour que par endroit la mousse fasse un parterre harmonieux. C’est dingo. De nombreux pèlerins passent pour cette étapes, courage il y en a 87 autres. C’est pour moi un enchantement après Katsurahama, et le meilleur moment de la journée.
Mais l’après-midi est bien entamé, et la nuit en embuscade, fourbe qu’elle est. Le jardin botanique étant proche du temple, je m’y rends pour patienter jusqu’à la dernière rotation du bus. Ce n’est pas la meilleure saison pour visiter un tel lieu, mais le pavillon tropical fut dépaysant. La chaleur et la moiteur du lieu rappelant par ailleurs le Japon au mois d’août.
J’espérais un peu revoir le camelot du jour en retournant prendre le train, et il ne m’a pas déçu. Je lui dis que maintenant j’ai faim! A peine 5 minutes avant le départ du tchou-tchou, juste le temps de lui acheter un petit quelque chose à grignoter. Il n’a plus les mochi qu’il avait ce matin, mais je repars avec des biscuits pécan et chocolat, duo gagnant s’il en est. Par contre 1400 yens les 2, rétrospectivement je me demande s’il ne m’a pas entubé… Par sûr que je retourne un jour à Kôchi pour lui poser la question, même s’il se promène toujours au même endroit avec son chariot de gourmandises.