Le planning de ce mardi 19 est écrit dans mon petit carnet Rhodia “japon 2019” depuis plus d’un mois, dès lors que je me suis inscrit pour une visite guidée d’une usine d’assemblage de Toyota. Il faut s’y prendre longtemps à l’avance sans savoir si le jour choisi sera finalement adapté ou non. Le timing a finalement été bon: Hier, lundi, la journée fut complètement neutralisée avec alternance de siestes et de séances de sauna improvisées pour humidifier les bronches. Mise de nez dehors en fin d’après-midi pour un repérage des sorties à venir: où prendre tel ou tel car, métro, réservation de train, etc. Ce matin ça va mieux que quand j’étais KO 24 heures plus tôt, descendu des plateaux de phonos. On a perdu 3 ou 4 degrés dehors, mais j’en ai probablement perdu 2 dedans alors ça adoucit la différence.
Je sors vers 8h00 après avoir avalé un Lipovitan. Ça se boit. Le redbull d’avant le redbull, en 10cl.

Le point de rendez-vous pour la visite guidée est fixé à 10h30 au musée Toyota Kaikan. Le site de l’inscription ne laisse aucun doute sur un point: c’est la GALÈRE pour s’y rendre, quelque soit le moyen utilisé. Déjà, ce n’est pas dans le centre de Nagoya, mais dans la ville de Toyota(!) dont le nom a été choisi pour service rendu par rapport au bassin d’emploi, en 1959 lors d’un regroupement de villes. Au Japon Clermont et Ferrand pourrait parfaitement être renommé “Michelin”, et Le Relecq-Kerhuon “SCD” ou n’importe quelle suite de 3 à 5 lettres.
Je m’y rends en métro. Des différents métros dans lesquels j’ai pu descendre au Japon, celui de Nagoya m’a paru le plus intimidant. A un moment tu ne peux pas changer d’avis, tu es obligé d’avancer -calmement- avec la file où tu te trouves. Mais après un changement dans la station de Fushimi en complet travaux du sol au sous-sol, une fois sur la bonne ligne, plus je m’éloigne de Nagoya, plus j’apprécie d’être dans le sens opposé du trafic principal des banlieues vers le centre. Il faut ensuite un gros paquet de secondes, entre 3000 et 4000, pour arriver à pied au musée Kaikan. C’est une sorte de showcase de différents véhicules, avec mise en avant explicative de la priorité numéro #1 de la société: l’environnement. Tant pour les optimisations sur les technologies hybrides (Prius) que pour la recherche en zéro émission de carbone: La Mirai. La mirai (“futur” en japonais) étant une voiture fonctionnant à l’hydrogène. Pour l’instant toujours à l’état de concept déployé en vrai, j’ignore combien il y a de stations où faire un plein d’hydrogène à sa voiture. Ni combien coûte l’extraction d’hydrogène jusqu’au réservoir. Jean-Marc Jancovici anybody? La seconde priorité numéro #1 est la sécurité sur la route. Diverses recherches là aussi sur l’intelligence artificielle, l’auto-conduite sur des portions de route, etc. Tous les constructeurs sont sur le coup, good luck il y en a un qui a un sacré train d’avance.
Parmi les quelques panneaux explicatifs de ce qui fait la singularité de Toyota, apparait les termes Just-in-Time, Jidôka, Poka-Yoke et KANBAN. Les non-passionnés-de-chaines-d’assemblage et les non-informaticiens, cherchez pas. Je ne mets même pas les liens vers des articles wikipedia ou de vulgarisation. Parce qu’au fond, moi, ce genre de trucs, ça me gonfle (Solveig, Valentine, Marina, vous l’avez?).
Mais dans le bureau où je bosse, en plus des odeurs de sang, de larme, de sueur, d’urine probable, de gel pour les cheveux même et une centaine d’autres fluides inconnus mais séchés par strate par les années passées, laissés par les malchanceux passés là avant nous, mais chanceux d’en être parti avant, il y a une poignée d’affreux, dans ce bureau donc, qui tous les jours, se retrouvent quand le dernier participant est arrivé, vers 10h15, debout, en cercle, serrés au point qu’on ne voit pas précisément en quoi consiste la cérémonie, mais semblant se donner mutuellement du plaisir et adorer une divinité en deux dimensions que nous autres gens normaux appelons des post-it. J’ai pensé à eux. Point de post-it dans le magasin du musée, sinon vous pensez…
Autre truc qui a attiré mon oeil, une voiture toutou. Un hommage au véhicule de Lloyd et Harry de Dumb and Dumber?
Mais au bout d’un moment passé dans les allées de ce musée, petit mais bourré de trucs intéressants, sonne le rassemblement vers le car qui conduira 3 douzaines de non japonais et une guide associée, vers l’usine retenue aujourd’hui, celle de Motomachi où sont produites notamment des Mirai et des Crowns. Un autre groupe de japonisant associé d’une guide payée moins chère voguera en parallèle sur le même parcours balisé à l’extrême.
Des consignes étaient données dès l’inscription, pas de vidéo ou photo dans l’enceinte de l’usine, ni même une PSP ou un routeur wifi. L’essentiel de la visite se passe sur une coursive tout en haut du plan où travaillent les travailleurs et les robots. En sus de limiter l’espionnage industriel, empêcher les touristes 5 mètres au dessus de ta tronche de te prendre en photo deux heures par jours, c’est un mieux pour l’ordre social.
Donc voilà, pendant la visite on ne peut pas utiliser de voiture, sinon elle est rayée en diagonale. On ne peut pas utiliser d’appareil photo, sinon une trace de doigt bien grasse est laissée sur l’objectif. On ne peut pas utiliser de mobile sinon l’écran est brisé en diagonale. Tu ne peux pas commander de McDo sinon on trace un trait rouge en diagonale sur ton menu (les frittes ont l’air safe). Tu ne peux pas amener ton chien fou sinon Raiden te fais un coupé-décalé dessus. Désolé, ça part loin.
Mais malgré ces limites, cela n’aura pas empêché à un espion chinois de s’introduire dans le groupe, en la personne d’une femme en fauteuil roulant qui n’avait visiblement rien à faire des explications données et qui était pourtant mise systématiquement à la meilleure place pour ne rien rater du ballet incroyable qui se déroulait plus bas. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille c’est le visage de son accompagnateur de mari, qui était celui de Thierry Rolland à qui on aurait rajouté 10 ans de plus qu’au matin de sa mort. Tant qu’à créer des visages d’espions quand ils sont de sortie, autant ne pas copier de gens connus.
On voit bien aux différents stades de la construction ce qui est 100% automatisé de ce qui n’est pas encore 100% automatisable. Il reste encore des choses à faire vraiment à la main (raccordement dans l’habitacle des éléments électroniques qui arrivent en plusieurs pièces par exemple), mais une grande partie de ce qui est manuel est de contrôler par la vue. Sur chaque chaine, les véhicules avancent très très lentement, mais inexorablement. En cas de problème ou de doutes, un ouvrier peut à tout moment demander à un contrôleur de venir l’épauler, en utilisant un bouton “orange”, et un bouton “vert” quand tout sera OK. Le orange va ralentir l’avancement, c’est normal, mais cela a des répercussions rapidement si la situation n’est pas remise en ordre en quelques secondes. Il y a des stats sur toutes les chaînes, en premier lieu le nombre de voitures à sortir à la fin de journée, et le nombre de voitures qui sont déjà sorties. Aujourd’hui il y avait un peu de retard.
La visite était passionnante de bout en bout en faisant alterner des sentiments de ouah c’est fou comment dingue: Le fait que la même chaîne puisse générer indépendamment des voitures avec différents options ou carrément conduite à gauche/conduite à droite. Ou avec les sentiments de ouah dingue comment c’est fou: Le test en cours de remplacement de l’appui sur le bouton orange par l’appui sur un brassard porté par l’opérateur pour gagner, parfois, une hypothétique seconde. Les deux espions n’en auront pas perdu une miette. Enfin, le mari était alors occupé à faire une blague limite sur les portugais.
Une journée très différente et enrichissante. On se dit que, quand même, cadre ou employé, c’est quand même pas mal par rapport à ce que font les ouvriers.
En retournant sur Nagoya, je me dis que tiens, au débotté, pourquoi pas aller voir le château de Nagoya vu que c’est une sorte de fil conducteur (Takamatsu, Himeji, Okayama…) et qu’il a sa petite réputation. Ci après la meilleure photo que j’en ramène parce que l’accès au parc autour ferme à 16:30 et on ne le voit pas bien de l’extérieur, en tout cas côté sud.

Demain le planning est déjà bouclé, il est possible qu’il fasse FROID là où je vais.
Et fun (question about a) fact: Le fondateur de la société Toyota que l’on connait maintenant s’appelait (Kiichiro) Toyoda. Pourquoi ne pas avoir gardé tel quel le nom de la famille?







une rapport avec le chiffre 8 😉
Sinon merci pour la barre de rire 😀
Ouais belle description du service je trouve 🙂
Pour l’hydrogène les écolos bobos se gaussent que ça ne rejette que de l’eau à l’échappement. Y’a 2 inconvénients, l’hydrogène ça explose et ça pose des problèmes de sécurité d’en stocker dans une station ou un réservoir. Le deuxième c’est que l’essentiel de l’hydrogène fabriqué aujourd’hui l’est à partir d’énergies fossiles par des sociétés pétrolières (Air liquide et Total en France). Pour les voitures qui roulent actuellement à l’hydrogène le bilan est calamiteux. Par contre c’est en train de changer, le jour où on pourra en produire de manière renouvelable ce sera meilleur que les batteries.
bon vu que personne ne répond à la question, je m’y colle 😀
De ce que je sais, le chiffre 8 porte bonheur au japon, or Toyoda s’écrit sur 10 caractères et Toyota sur 8, d’ou le changement de nom.
J’ai bon ?? 😀
Ah mais tout à fait, TOYOTA = 8 = CHANCE.
Plus précisément c’est une histoire de traits et pas de caractères: Toyoya s’écrit トヨタ, composé de 8 traits, Todoya comportait 10 traits: トヨダ
C’est aussi plus simple et également nous avait dit la guide plus facile à prononcer pour un Japonais.