Takasaki

Il y a encore un an je ne connaissais pas l’existence de Takasaki, puis j’ai lu à son sujet et eu une furieuse envie de découvrir cette ville: C’est proche de Tôkyô, c’est la campagne autour d’une grande ville, et c’est l’endroit d’où est originaire le Daruma.

Le shinkansen entre Tôkyô et Nagano/Kanazawa s’arrête, après moins d’une heure, à Takasaki. Je descends du train avec marqués dans mon fidèle carnet Rhodia (un par voyage au Japon, ça fait un souvenir en plus d’être utile à la préparation) 3 lieux accessibles à pied pour la journée.

Je commence par aller voir une statue bouddhique géante, et pour chemin je choisis de passer par des sentiers et des escaliers plutôt que la route. Je passe se faisant sous une porte de temple dont j’ignore le nom.

Dans les escaliers, je croise un club d’athlétisme de lycéennes, et deux profs qui les chronomètrent alors qu’elles enchainent des montées d’escaliers. Elles ont la niaque. Toutes me disent bonjour les unes après les autres, sans doute surprises de me croiser, et amusées de me voir reprendre mon souffle très souvent. Je pense que c’est un club exclusivement féminin mais je vois ensuite deux garçons plus jeunes, comme en première année de lycée, Kôhai (junior) de ces valkyries, qui ont l’air de ne pas pouvoir suivre leur rythme. Je me sens moins seuls. Je pense que ce sont eux qui portent les bouteilles d’eau.

Du reste, Takasaki a l’air d’être un repère de sportifs. J’y rencontre beaucoup de joggers et de cyclistes équipés façon Jalabert (ouais bon j’ai arrêté de suivre le tour de France, je connais pas les nouveaux).

Je continue à monter quand victoire le chemin débouche sur un parking.

Et je vois apparaître la grande statue de Kannon. Contrairement à ce que son nom laisse penser, ce n’est pas la déesse de la guerre. Rien à voir avec les Tancs, et les Calashnikov. Non, c’est la déesse bouddhiste de la compassion. Du haut de ses 42 mètres, elle a l’air de compasser.

Quand j’arrive à ses pieds, je remarque qu’elle a de gros orteils, mais surtout qu’il y a un joli temple, le Jigen-In.

On peut monter au sommet de la statue. C’est la première fois que j’entre dans une déesse (j’entends à 14000 kilomètres Guillaume crier “Titre!”) qui ne soit pas une Citroën.

L’accès coûte 300 yens, mais la guérite où on peut acheter son ticket s’avère vide. La porte en est ouverte, mais personne. Alors que je suis sur le point de poser l’argent et de continuer en fufu, un papy se pointe en courant et en s’excusant. Il place en évidence un panneau qui je pense veut dire “je reviens de suite” et qu’il avait oublié de mettre pendant sa pause pipi.

Encore des marches. J’ai compté, il y a en exactement: Beaucoup trop. En vrai c’est un demi phare d’Eckmül, ça va. On voit au loin des sommets enneigés. Ici c’est peut-être le mont Haruna.

La statue qui compasse est quand même impressionnante, je craignais que ce soit un peu cringe, mais absolument pas.

L’endroit est magnifique, et il y a étonnement peu de monde (plus que sur les photos, évidemment j’attends et cadre spécifiquement pour pas qu’on les voit, c’est le jeu).

Je m’offre une pause matcha danns une petite échoppe bucolique tenue par baba sympa. Tout est décoré avec soin mais aussi un chouia d’ostentation. On peut se poser face à la nature, on n’entends que le bruit des oiseaux, et des mecs assis à côté qui rotent et qui pètent. Mais là y’en avait pas, juste des oiseaux.

Deuxième point d’intérêt dans mon carnet, le sanctuaire shintô Gunma-ken Gokoku, dédié aux morts à la guerre. La date est passée, mais reste encore des traces des festivités de Shichi-Go-San célébrant le passage à 3, 5 et 7 ans des enfants.

Encore un peu plus d’une heure de marche et j’arrive enfin au Shorinzan Daruma-ji, le temple des darumas. Ce sont des figurines en papier, en forme de tête, qui sont peintes, sauf initialement la pupille des yeux. En plus d’être kawaii tout plein, ils ont une utilité pour peu qu’on adhère à une croyance. On peut faire un voeu au moment ou on peint une des pupilles d’un daruma acheté dans un temple, et on le conserve bien en évidence chez soi. Cela sert à ce que l’on n’oublie pas son voeu, et cela peut avoir la vertu de nous encourager à le réaliser, si c’est en notre pouvoir. Si le voeu se réalise dans l’année, alors on peint l’autre pupille. Si ce n’est pas le cas, on peut l’envoyer au temple afin qu’il soit brulé avec d’autres lors d’une cérémonie annuelle.

Mode premier degré: Une superstition plutôt sympathique, à mon avis, mais seulement si elle s’arrête à des voeux tels que “je veux avoir mon bac”, sur lequel nos actions seules ont un impact. Le daruma, s’il n’est pas ramassé dans un tiroir mais est visible, peut nous rappeler cet objectif et constituer un encouragement. Si le voeu est “j’veux pas que mon papa i meure” c’est tout de suite pas sympathique du tout.

Le temple en expose de toutes les tailles. Ils ont les deux pupilles peintes donc ceux-ci ne semblent pas destinés à la crémation, mais renfermaient un voeu réalisé.

Encore des tapis de feuilles de Gingko. J’en croise tous les jours. Et oui Sophie je ramène une feuille.

Je récupère ensuite le train depuis la toute petite gare de Gumma Yawata, avec ses vitraux darumesques. Il n’y a qu’un train par heure pour Takasaki, mais que ça fait du bien d’être assis (sur des napperons en laine) après tant de crapahutage.

Au retour, je m’arrête à Ueno pour une première chasse au kit-kat dans la capitale. Bilan: 19 sachets ou boîtes, qui s’ajoutent à la bonne quinzaine trouvés à Kyûshû. Le Japon est aussi touché par la shrinkflation. Le prix n’a pas changé, mais les sachets passe de 10 à 9 kit-kats. Je suis surpris qu’il n’y ai pas un “Nouveau: format malin” dessus pour faire passer ça pour une bonne nouvelle. On nous prend faut pas déconner dès qu’on est né, pour des cons.

Très très bonne pioche que Takasaki. Il y a d’autres trucs à voir dans la ville, et c’est aussi un grand hub ferroviaire. Certainement un endroit où poser sa valise quelques jours, nudge-nudge say-no-more.

Demain: rien, nada, zilch. Jeux video & lessive

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2 Responses to Takasaki

  1. Will's avatar Will says:

    Grâce à toi je viens de piger le nom du pokémon Darumacho, qui a effectivement une tête inspirée du Daruma.

    Ma femme veut bien une feuille de Ginkgo si tu en croises une 🙂

    楽しむ!

  2. Luc's avatar Luc says:

    Encore de très belles couleurs ! Magnifique

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