Nous consacrons cette avant-dernière journée à Kyôto à en explorer le sud-est. Point de départ: le sanctuaire shintô Fushimi Inari, et ses milliers de torii, un de mes endroits préférés. Nous prévoyons de faire le parcours complet et de monter au sommet du mont Inari. Bien que de bon matin, c’est l’affluence des grands jours. Mais comme ça grimpe, je sais que rapidement il y aura moins la foule. Cet été avec mon neveu je n’avais pas pu aller au bout, mais il faisait très chaud et c’était la fin de l’après-midi, et mes pieds étaient rotis par la marche de la journée.
Aujourd’hui il fait tantôt bon au soleil à l’abri du vent, tantôt très froid au milieu de soudaine bourrasque. A plusieurs reprises il pleut, mais jamais plus d’une minute ou deux. Comme si le Grand Architecte de l’Univers appuyait sur un bouton pour demander aux nuages d’arrêter de nous pleurer dessus, pile quand on vient de sortir nos pépins, le Gredin.
Les inscriptions sur les Toriis correspondent, à gauche, au nom de la personne -ou de la compagnie- qui l’a subventionné. Il est aussi possible d’en acheter de différentes dimensions, notamment les plus petits qui servent alors d’Ema, les tablettes en bois sur lesquelles on peut inscrire un vœu et que l’on accroche pour les Dieux puissent les lire, s’ils ont l’occasion entre deux déclenchements de cataclymse (dédicace à Anouk).
Après être redescendus à l’entrée du sanctuaire, nous profitons de stands de cuisine de rue pour manger takoyaki (beignets de pieuvre), Tornado Potato et dango au matcha. Un peu plus tard nous rajoutons des marrons grillés, aussi pour nous réchauffer.
Nous rejoignons ensuite le Tofuku-ji, un temple bouddhiste qui abrite un jardin très prisé pour les amateurs de feuillage automnal, activité appelée momijigari. Et pour les amateurs de dégradé de gris, il y a aussi un jardin minéral.
Pour finir cette journée kyôtoïte, nous continuons à remonter au nord pour atteindre le Sanjûsangendô, temple possédant un bâtiment de plus de 100m de long, abritant une collection d’un millier de statues de Kannon.
Pluie sur Kyôto ce vendredi, nous décidons pendant le petit-déjeuner de partir 100km plus à l’ouest, dans la ville d’Himeji. Pas de problème pour réserver nos billets de train au dernier moment, et 45 minutes plus tard nous sortons de la gare. Au bout du long boulevard qui commence à la gare nous découvrons, au loin, le majestueux château de la ville d’Himeji.
Impossible donc de rater le château, il n’y a qu’à suivre la rue Otamae. Des parterres de fleurs et des sculptures agrémentent la marche jusqu’à l’esplanade du château. La ville étant aussi plate que le dos de Samantha Fox, le château dit “du héron blanc” se voit de loin.
Monter tout en haut du château requiert un peu d’effort. Il faut passer par des escaliers particulièrement pentus, tout en faisant attention à sa tête. On ne compte pas les “yoisho!”, équivalent japonais de notre “ho-hisse!”. Plus intéressant que la visite de l’édifice principal, celle de l’enceinte à l’ouest, montre les quartiers où vivaient la princesse Sen.
Pour tardif déjeuner, nous optons pour un Anago Meshi, du congre avec une sauce de type teriyaki sur son lit de riz. Il s’avère que c’est une spécialité de l’île de Miyajima. A noter, ça peut un jour passer dans questions pour un champion.
Nous allons ensuite voir notre deuxième jardin japonais en deux jours. Dans un genre bien plus modeste que le grandiose Kenroken de Kanazawa, le Kôkoen est tout à fait charmant. Nous avons la chance de le découvrir sous une pluie légère alors que nous sommes à l’abri, puis au sec.
Petit point noir: La présence de Gunther, mon nemesis du jour. Un gros (moins que moi quand même!) allemand au tshirt flashy, qui semble posséder le super-pouvoir de systématiquement ruiner mes photos par sa présence inopportune. J’espère avoir réussi, même sans faire exprès, à lui en saccager quelques-unes à ce photobomb-man. A l’occasion j’irai voir si on parle de moi sur guntherinjapan.com .
C’est à la ville de Kanazawa que nous faisons ce jeudi l’honneur de notre présence. Depuis Kyôto, c’est un train répondant au nom carrément cool de Thunderbird* qui a l’honneur de transporter nos séants.
Nous commençons par aller faire un tour au marché d’Omicho, un grand marché couvert, ou l’on trouve principalement des primeurs et des produits de la mer. Et aussi de tout petits restaurants, comme celui où nous mangerons nos premiers “vrais” sushis de ce voyage. Un vrai bonheur, accompagné de sa soupe miso au poisson. Alors que nous déambulons, un homme de type ancien m’aborde et commence à m’inonder de questions: vous êtes d’où? vous êtes là depuis longtemps? vous restez encore longtemps? c’est votre première fois au Japon? vous travaillez dans quoi? T’ES DES R.G. OU BIEN??? Non, c’était un moyen pour lui de pratiquer son anglais et de passer le temps: Il finit brutalement par partir en disant qu’il va chez le coiffeur. Alhamdulillah, vis ta vie mec.
Repus du ventre, nous allons faire un tour dans le parc du château de Kanazawa, en passant par le sanctuaire d’Oyama, dont le portail possède des vitraux. Le château est reconstruit peu à peu depuis des années, en utilisant les techniques de l’époque (exception faite de la taille des piliers de soutien, normes modernes obligent). Nous visitons l’intérieur, qui renferme une exposition sur l’architecture et le processus de reconstruction. Le château possède aussi un beau jardin, bien entretenu. D’ailleurs des jardiniers y œuvrent mystérieusement dans le bassin: Enlèvent-ils de la vase, des feuilles ou pèchent-ils des crevettes? Autre piste: l’un d’eux a fait tomber sa tocante.
Place ensuite au plat de résistance de la journée: le Kenrokuen, généralement considéré comme le plus beau jardin japonais, à tout le moins dans le top 3. Je l’avais déjà vu il y a des années en été, il n’est malheureusement pas très différent en cette période de l’année (ce ne sera pas le cas dans 2-3 semaines!). Mais ça n’enlève rien à sa beauté.
Depuis le début du mois, les jardiniers s’affairent à consolider les branches des arbres en prévision de l’hiver et de la lourde neige qu’ils auront peut-être à supporter. Pour cela ils installent des structures appelées yukitsuri. Nous avons la chance de pouvoir admirer une telle installation se faire en live.
En conclusion, un magnifique lieu, avec foule jusqu’à sa fermeture, qui clôture une belle journée passée à Kanazawa. Nous retournons ensuite tranquillement à pied à la gare, aux superbes extérieurs, reprendre notre Thunderbird (*).
Journée moins fatigante aujourd’hui, où nous allons tout au nord de Kyôto pour voir deux temples bien différents. En commençant par le Kinkaku-ji, plus connu sous le nom de Pavillon d’or. C’est pompeux mais cela le décrit très bien. Il faut de la patience pour le rejoindre en bus, mais nous apprécions d’être déposés tout prêt de l’entrée. Il y a énormément de monde, et là idée de génie #1: Il y a des toilettes tout de suite, comme ça, là, beaucoup de gens s’arrêtent en entrant et en repartant. Et idée de génie #2: à côté des toilettes où les gens s’arrêtent il y a une échoppe qui vend des glaces au thé vert. L’étude de marché a été très efficace, ça démoule des glaces au kilomètre. Elle c’est de la bonne.
La journée est belle et lumineuse comme une femme amoureuse, le pavillon d’or est beau sous le ciel azur et dans son écrin d’eau et de verdure. Ça en jette!
Mais c’est un peu tout ce qu’il y a à voir ici, C’est un spot pour faire une simple déclinaison de la même photo qu’ont pris les 200 visiteurs précédents et que prendrons les 200 suivants. Le pavillon lui-même n’est pas d’origine, un moine ayant décidé de l’incendier dans les années 50 une nuit alors qu’il était soûl. Si tous les poivrots du monde se servaient de leur briquet on serait mal.
A la suite de cette visite, nous continuons un peu plus à l’ouest vers un autre temple également très connu, mais dans un genre différent. Opposé même. Il s’agit du Ryôan-ji, qui possède un beau jardin, classique, moins apprêté que celui du pavillon d’or, ainsi qu’un Karesansui, “jardin sec” composé de pierres, de gravier et de sable, sans verdure autre que de la mousse. C’est un autre genre de beauté, pas du tout clinquante mais spirituelle. Si le pavillon d’or était un homme politique, ce serait Balkany ou Sarkozy. Bling-bling. Le Ryôan-ji à côté c’est Michel Rocard.
Nous prenons notre repas tout en suite en sortant du temple. Kinoko Udon (Nouilles épaisses dans un succulent bouillon de petits champignons) pour moi, plat de Yuba pour ma mère: Du riz avec des morceaux de peau de lait de soja. Une spécialité locale.
La suite de la journée se déroule à Arashiyama, encore un peu plus à l’ouest, que nous rejoignons via un teuf-teuf de la petite compagnie Keifuku. La plupart des gares de la ligne sont constituées d’un quai, il n’y a même pas de portiques où passer sa carte prépayée, il faut le faire à ces stations en descendant du train derrière le conducteur qui fait alors temporairement office de contrôleur.
A Arashiyama nous faisons un tour dans la célèbre mais petite et visitée bambouseraie avant de passer le point Togetsukyo. J’avais prévu que nous prenions le train scénique du coin pour remonter la jolie rivière mais malheureusement il n’y avait plus de disponibilité pour la journée.
Demain nous nous éloignons à nouveau de Kyôto, pour aller voir ce qui est sans doute le plus beau jardin japonais.
L’île de Miyajima est magique, incontournable, il était donc évident qu’elle ferait partie des étapes de notre périple à travers le Japon.
Nous quittons l’hôtel tôt, le temps d’avaler un café dans la gare de Kyoto et nous enchaînons train et bateau pour poser le pied sur le l’île avant midi.
Comme à Nara, nous côtoyons des daims, mais d’un tout autre niveau de morfalitude. Difficile de manger son casse-croûte sur un banc sans qu’un de ces mal-polis ne viennent chiper un morceau qui dépasserait. Ma mère s’en rend compte rapidement, un daim bien hardi commençant à mâcher le plan papier de l’île qu’elle avait pris quelques minutes plus tôt au débarcadère, et qu’elle tenait trop confiante à la main. Oh my deer!
Cette fois-ci, pas d’ascension du mont Misen, nous nous contentons de rester aux abords du célèbre Torii marin. Nous aurons l’occasion de le voir les pieds dans l’eau, puis au sec au gré de la marée. Nous mangeons face à lui, entourés de daims par l’odeur alléchée.
L’Itsukushila Jinja, sanctuaire shinto sur pilotis faisant face au torii fait partie des jolies vues de Miyajima. Au moins une zone où il y a 0 daim au m2.
Nous allons ensuite voir le Daisho-in, un temple bouddhiste particulièrement original. Ses nombreux bâtiments, très variés, s’enchaînent en montant le bas du mont Misen. Il est très coloré et parsemé de centaines de statues amusantes, souvent affublées de bonnets de laine (les chauves ça prend vite froid par les extrémités, hein Guillaume, Greg?).
Les visiteurs sont également encouragés (mais une fois seulement par tête de pipe) à sonner une immense cloche. En montant les escaliers on peut aussi faire tourner de sonores cylindres en métal. Je n’ai jamais trop compris pourquoi ce temple était aussi peu fréquenté, absolument rien à voir avec le sanctuaire pourtant à 10 minutes. Ah si! peut-être parce que ça monte?
Une salle de prière est également ouverte au public, pour prier donc ou juste admirer l’autel. Il y a un salon de thé pour qui aurait envie de quelque chose de plus élaboré qu’une canette de soda ou d’eau plate. Une caverne expose d’autres statues, à la lueur de bougies. Il y en a 88, une pour chaque temple du pèlerinage sur l’île de Shikoku.
Le truc le plus amusant reste les alignements de petites figurines de moine en métal sur lesquels les visiteurs laissent des pièces. C’est de toutes façons le cas partout dans ce temple. Un moyen de récolter un peu d’argent? Absolument pas rentable, ce ne sont que des pièces de 1 ou 5 yens, et l’accès à ce temple contrairement à la plupart des temples importants est gracieux.
Après avoir passé beaucoup de temps ici, nous repartons vers le port prendre le ferry et rejoindre non pas le continent, mais l’île d’Honshu. Mais non sans avoir acheté quelques Momiji Manjû, la spécialité de Miyajima pour ce qui est des pâtisseries. Entre temps, le Torii est devenu accessible à pied (un coup à carguer ses grolles cela dit).
Pour retourner au centre d’Hiroshima, nous prenons un interminaaaaable tramway. Pour la fin d’après-midi, nous souhaitons aller au musée de la paix, consacré au bombardement atomique de la seconde guerre mondiale. Comme d’habitude devant le Genbaku Dome, un bâtiment sous le point d’explosion qui n’a pas été entièrement détruit, et laissé tel quel depuis, quelques personnes font des selfies. Peut-être des youtubers.
Rien à dire sur le musée, à part que nous avons pu prendre notre temps -il ferme à 19:00 en ce moment- et que c’est toujours aussi remuant.
Retour très tard ce soir à Kyôto. Nous avons faillit monter dans un shinkansen qui partait vers Hakata, à l’ouest, au lieu de celui qui nous ramenait. Je m’en suis rendu compte alors que les portes pour monter dedans s’ouvraient, le numéro du train ne correspondant pas à mon souvenir. Ça m’apprendra à être trop confiant et à déterminer le quai où aller, uniquement à partir de l’heure de départ du train! Mais du coup, nous avons raté celui sur lequel nous avions une réservation, qui partait en même temps sur un autre quai. Impossible de l’atteindre avant le départ. Cela nous a bien retardés, mais nous voilà rentrés. Une nuit bienvenue nous attends, avant une journée peut-être sans train demain, moins de chance de se tromper.
Cap sur Nara, un peu au sud de Kyôto. En descendant du train, nous comprenons que cette journée sera pluvieuse, et également la plus fraîche de notre voyage, jusqu’à présent.
Nous nous mettons en marche vers l’immense parc de la ville, dans lequel les daims sont en liberté et côtoient les visiteurs. Hormis les prendre en photo l’activité principale avec eux consiste à leur donner des biscuits (senbei) que l’on peut acheter pour deux piécettes. C’est aussi l’activité principale des daims: réclamer des biscuits.
A l’entrée du parc se trouve le Kôfukuji, temple bouddhiste dont la pagode tente de concurrencer celle que nous avons vu hier, sans y parvenir.
Plus loin, le sentier monte à travers une forêt de plus en plus dense, avec des arbres de plus en plus vieux, de la mousse de plus en plus présente. Des lanternes en pierre tout le long du chemin nous annonçant la proximité du Kasuga Taisha.
La lanterne, c’est son thème au Kasuga Taisha, il y en a partout, encore plus que de daims. Ma reum se laisse aller à la tradition et réduge puis accroche son petit Ema.
Un immense cèdre, Shato-no Ohsugi, de plus de 800 ans et 8m de circonférence occupe une place d’importance ici, il est considéré comme sacré. Quand un second arbre partit en diagonale de sa base, un trou à été fait dans le mur puis le toit du bâtiment adjacent pour ne pas nuire à son évolution naturelle.
Nous déjeunons d’un porridge riz/miso de saison, plat traditionnel local, qui nous réchauffe bien le bidon.
Pour la dernière partie de la journée, nous retiendrons le gigantisme du Tôdaiji. Plus grand bâtiment non moderne en bois, il renferme un Bouddha plus grand que celui de Kamakura. Mais celui là ne prend jamais ni soleil, ni pluie.
Nous arrivons à Kyôto à midi, sans avoir croisé Brad Pitt ou Hiroyuki Sanada dans le Bullet Train. Les valises voyagent en parallèle, et nous nous allégeons de nos sacs dans une des nombreuses consignes à pièce/carte de la gare de Kyôto (un modèle!). Nous pouvons directement commencer à nous balader après un rapide repas.
Nous commençons par aller voir le parc Umekoji. Il s’agit d’un jardin public, et en ce dimanche il pullule de familles et d’enfants. C’est également le jour du Junkan Fes, un festival dédié à l’économie circulaire. Il y a des tas (littéralement) de frippes entre 0 et 1000 yens. De quoi rendre folles mes nièces. Et leurs mères. Il y a également des artisans de la récup, telle une jeune femme qui tient un stand et vends des petits sacs et sacoches pour téléphone portable, fait dans d’anciens obis de kimono. C’est elle qui nous explique dans un anglais parfait le principe de ce marché temporaire. Un événement qu’aurait validé Quentin, collègue très très en pointe sur ces sujets.
Ensuite nous allons voir le Tô-ji, un vieux temple bouddhiste agrémenté d’un joli jardin bien entretenu, et d’une énorme pagode en bois, la plus haute du Japon (57m). A peine 8m de moins que le phare d’Eckmühl! Plusieurs bâtiments accessibles renferment d’énormes statues, et il y a également une exposition temporaire d’un artiste appelé Kanransai qui fait des illustrations géniales sur le panthéon bouddhiste. Avec parfois un style à lui, très bon, ou imitant des dessins d’enfants, ou dans un style cubiste.
Pour finir cette première journée à Kyôto, nous prenons la ligne de métro qui part vers le nord pour aller voir le spectacle Gear. Je l’avais déjà vu une première fois en 2015, et c’est toujours aussi formidable. Difficile de trop en dire sans divulgâcher, mais c’est un mélange de conte, de performance de music hall, d’effets techniques (projection d’image sur la scène, leds…). Tout cela sans le moindre dialogue.
Une fois rentré à l’hôtel où nos valises ont bien été reçues, je sors pour aller chercher à la gare nos sacs restés en consigne. Puis je retourne chercher la clé la de la consigne qui est resté à l’hôtel, avant de retourner à la gare chercher les sacs restés en consigne. Un grand classique.
Ce doit être la 6ème fois que je vais à Kamakura, mais je ne m’en lasse pas. Comme toujours, il y a aura la foule des grands jours. Et une température d’environ 14°, autrement plus supportable que cet été. La ville possède un nombre effarant de choses à voir. Un petit florilège s’imposait: Le même qu’avec Valentine il y a 8 ans.
Nous descendons au nord de la ville, avant la gare principale, tout près du grand temple bouddhiste Engaku-ji. Une vieille et imposante porte en bois démarque comme d’habitude l’entrée du complexe. Il est composé de nombreux autels, jardins et bâtiments. Nous nous déchaussons temporairement, en empruntant des mules taille 36 mise à notre disposition, pour progresser sur le parquet en vieux bois.
Vers la fin de la matinée, nous nous posons dans un jardin à l’intérieur du temple pour nous faire servir un matcha réconfortant, accompagné de deux petites friandises habituelles… évoquant le “petit Jésus en sucre” bien de chez nous. Marina et Dom auraient kiffé, c’est sûr.
Nous descendons ensuite vers le sud, en longeant la voie de chemin de fer, puis une route étroite. “Tiens, ils roulent à gauche?” “Oui, maman…” avait-elle oublié. True story.
Nous traversons le Tsurugaoka Hachimangû, grand sanctuaire shintô. Un ilôt d’animisme en plein cœur de Kamakura, surtout connu pour ses nombreux temples bouddhistes. On l’appelle pas la petite Kyôto pour rien.
Nous sommes samedi, et sous les yeux ravis des visiteurs, nous sommes témoins de l’arrivée d’un cortège de mariage. Le couple et leurs familles, le personnel de l’encadrement, tous habillés en costumes traditionnels.
Puis ma daronne tient à tester quelque chose que je n’avais encore jamais vu: un “exorcisme shintô”. Ca s’appelle Nagoshi no Harae (article explicatif: ici). L’idée est de faire un parcours en passant à plusieurs reprise dans un cercle pour ensuite transférer ses péchés ou son mauvais sort dans une poupée. Si ça marche il y a une poupée qui se réveillera demain avec drôlement mal au pied.
Le temps est passé vite, et nous nous mettons en quête d’un restaurant. Ce n’est pas ça qui manque ici: un restaurant, un chocolatier, une patisserie, un restaurant, etc. C’est le restaurant d’un petit musée d’artisanat que nous choisissons. Cette fois, pas de donburi de civelles, mais un menu végétarien pour chacun, à la façon de ce que mange les moines bouddhistes. Les seules protéines sont dans le tofu, frais ou frit. Le bouillon de la soupe est délicieux.
Pour nous rapprocher des deux autres choses à avoir de la journée: Le pacifique et le grand Bouddha en bronze, nous partons de la gare principale pour rejoindre celle d’Hase via la micro ligne de chemin de fer Enoden. Le trajet est court, et heureusement car c’est grave bondé à l’aller.
La plage est bien moins fréquentée que cet été. Pas une serviette sur le sable, pas un baigneur. Uniquement, plus loin, des surfistes et des véliplancheurs.
Enfin, le Daibutsu n’a pas bougé depuis août. Il fait toujours dans les 12m. Je ne sais pas à quel pourcentage d’illumination il est rendu, au pif je dirais 82%.
Pour rentrer, nous reprenons 3 trains, à commencer par celui depuis la gare d’Hase. Si à l’aller il était bondé, il est ici complètement bondouffé (“bondé de ouf”). Je crois que même aux pires heures de pointe de Tôkyô je n’avais jamais vu ça. Il y a 6 personnes devant nous pour entrer quand les portes du train s’ouvrent alors qu’il n’y a visiblement plus de place. Les 6 personnes entrent malgré tout, puis nous, puis encore une dizaine d’autres. Par bonheur, les rames suivantes vers Shinagawa puis notre terminus Tamachi seront bondbofées (“bondées bof”).
Première nuit correcte, premier petit-déjeuner correct, mais première journée sous le signe de la pluie. En conséquence, nous décidons de la consacrer à un musée: Le Musée National de Tôkyô (TNM), qui présente le triple avantage d’être passionnant, vaste et pourvu d’un toit.
Il se trouve proche de la gare principale de Ueno. Avant que la pluie ne nous repère, nous faisons un tour dans le parc. Les couleurs automnales n’ont pas sérieusement commencé à teindre les feuillages. Le pic de la saison à Tôkyô est prévu à la fin du mois. J’espère que nous aurons l’occasion d’admirer un beau koyo pendant le séjour.
Quelques plaisanciers matinaux, en barque ou en pédalos, font chier les carpes et les canards.
Bonne surprise à la billetterie du musée: c’est gratuit pour les vioques. A partir de 70 piges, on entre gratos! Pas d’agisme mal placé, c’est aussi le cas pour les moins de 18 ans.
Des cohortes de lycéens étaient massés près de l’entrée, nous faisons craindre une invasion de cette population clérasileuse au milieu des expositions. Mais non, les quelques jeunes en visite se contentaient la plupart du temps de rester assis par grappe, les yeux rivés sur le keitai.
Le musée présente des œuvres artistiques au fil de l’Histoire japonaise. Poteries, forge (katana, armures…), tissus, estampes, laques…
Nous quittons le bâtiment principal au moment du repas de midi, pour un des deux restaurants qui se trouvent dans l’enceinte du musée. Même pas le temps de regarder comment ça se passe, que la cliente précédente s’empresse de venir nous montrer comment récupérer un ticket numéroté. Il faut ensuite attendre d’être appelé pour être placé. La salle est loin d’être comble, mais ce système leur permet de gérer l’affluence en fonction de leur bande passante en cuisine et pour servir, tout en évitant que trop de gens partent immédiatement devant l’attente.
Ma mère choisit un set de tempura, moi également, avec des sobas, des pâtes de sarasin, pour aller avec. J’ai le choix d’après la carte entre les commander chauds (“atsui”) ou froids (“tsumetai”) – tsumetai! – tsumetai? – hai! – cool? (… genre “vous êtes suuuuûre?”) – cool! C’est visiblement pas le choix le plus fréquent.
Probable inspiration pour le casting du personnage de Varys (Game of Thrones)
Le musée sait aussi embrasser la pop-culture, avec une belle et géante illustration de Hatsune Miku en kimono blanc, le temps d’une collaboration avec l’idole virtuelle, afin de collecter suffisamment de fond pour restaurer un kimono ancien de la collection, par ailleurs actuellement exposé.
La nuit est tombée (boum!), quand nous repartons avec nos amis les parapluies. Demain il fera moins humide, et nous irons peut-être à Kamakura, en les amenant toutefois.
4 ans après l’avoir décidé, un voyage particulier se concrétise: Ma mère m’accompagne au Japon. A deux reprises le projet fut annulé au dernier moment. D’accord à cause du Covid en mars 2020, puis une nouvelle fois en mars de cette année, cette fois à cause du Covid. “Corona Virus, C*nnard de Virus” chantait un troubadour vachement plus inspiré dans ses textes les décennies précédentes. Mais il y avait réussi dans ce couplet à bien résumer notre ressenti.
On a donc pu faire mentir le dicton “jamais deux sans trois”, qui comme tous les dictons populaires n’a que son étymologie d’intéressante (et encore moyennement, d’après France Soir. Mais attention, c’est devenu un turbo torche-cul depuis, cliquez par sur d’autres liens au risque de vous vriller le cerveau).
Entre temps j’ai pu faire un voyage avec mon neveu ici, et c’est à présent au tour de sa grand-mère, qui a pris quelques années entre temps, mais sur elle ça ne se voit tellement pas, que c’en est écœurant (c) ses sœurs. Nulles péripéties cette fois pour les vols. Et 30 minutes après être descendu de notre avion final, nous avions récupéré nos bagages et passé toutes les formalités.
Et pour la bien nommée Marie-Noël, donc, de faire l’expérience de l’efficacité et de la prévenance japonaise. En plus d’avoir ensuite vu des salarymen en nombre, testé les toilettes, les combinis, etc. Comme à chaque fois que je viens accompagné de quelqu’un, je m’amuse de son regard candide sur la société japonaise, à commencer par ce que les pisse-glaçons appellent des poncifs.
Comme de tradition, et aussi par facilité, après avoir pris possession de nos chambres d’hôtel, nous partons pour le quartier d’Asakusa, au cœur duquel se trouve le Sensô-ji. Le soleil fait en cette période comme la plupart des gens le vendredi soir, et part plus tôt. En l’occurrence dès 16:45 il a déjà commencé à mettre son manteau pour aller bronzer les populations plus à l’ouest.
J’avais déjà visité ces lieux plutôt déserts de bon matin, et bourrés à craquer en journée. C’est également très fréquenté et international à la nuit tombante, notamment les rues marchandes. Les Ni-Ou qui gardent la porte du temple sont toujours aussi impressionnants avec certaines poses à la Araki.
On tente de se promener dans les rues périphériques avec déjà quelques belles images dans la tête après cette demi après-midi, mais il fait bientôt aussi nuit que sommeil. Et nous reprenons métro et train en sens inverse.
Nous restons seulement 2 jours à Tôkyô avant de bouger, et il n’y a rien encore d’écrit sur ce que nous ferrons, à part pour immédiatement: Dormir, car je me sens un peu comme le personnage d’Al Pacino dans la scène de fin de Insomnia (ça c’est pour Stéphane et Josselin).
Je repose enfin les pieds sur l’île de Miyajima, 4 ans après ce qui fut une des plus belles journées passées à voyager Japon. Le torii marin, symbole de ce lieu de pèlerinage pour beaucoup, est une des 3 vues les plus célèbres du Japon. Ce n’est pas volé. Immédiatement après avoir acheté beaucoup beaucoup…